Outils Le CDI pour tous : la génése d’une décision

Décision difficilement compréhensible par les financeurs institutionnels du monde de l’insertion par l’économie. Le passage au CDI ne fut pas sans poser de questions au sein même de l’entreprise TAE. Retour sur la genèse d’une décision et ses conséquences, qui font de TAE, quatre ans après, une entreprise OVNI, dans le ciel chahuté de l’économie dominante en crise.

Lundi 15 septembre 2004, en réunion hebdomadaire autour du directeur, une fronde se lève parmi les salariés de TAE à propos du départ de Simon, l’un de leur camarade, dont le contrat à durée déterminé vient de prendre fin. « Pourquoi son contrat n’a pas été renouvelé ? Pourquoi on n’a pas fait plus d’efforts pour qu’il trouve un autre emploi avant de partir ? ». Les questions sont crues, pertinentes ; les salariés les posent aussi pour eux-mêmes car chacun entrevoit la perspective de son propre départ. Inavouée ouvertement, se susurre pourtant la question posée par tous : « Est-ce que TAE propose ce que tout le monde ici a déjà vécu : deux ans de travail dans des structures dites d’insertion, et puis plus rien ? Ces interrogations résonnent aussi d’autres ressentis douloureux : « Est-ce qu’ici on va nous exploiter comme ailleurs, ou est-ce que TAE, c’est autre chose ? »

David, directeur de TAE à l’époque, se souvient : « Entre 2005 et 2007, nous avons renouvelé les contrats aidés. Les CEC pouvaient être prolongés jusqu’à 5 ans sans trop de difficultés, puis les CES et CEC font place au CAE d’une durée initialement fixée à 2 ans, puis réduite, peu après, à 18 mois. Les hasards du calendrier de TAE ont concentré la quasi totalité des fins de contrats aidés sur quelques mois. C’était une période vraiment compliquée pour tout le monde ».

Les initiatives se multiplient au sein de l’entreprise : un groupe de recherche d’emploi est créé pour soutenir les salariés qui anticipent la fin de leur contrat. Certains décrochent de nouveaux emplois mais reviennent au terme de périodes d’essai non validées dans d’autres structures. D’autres avouent ouvertement qu’ils ont découvert à TAE une qualité de vie professionnelle, basée sur le respect du rythme de chacun et la solidarité entre tous, auxquels ils ne veulent pas renoncer. La confiance entre salariés et direction devient impossible tant que les contrats ne sont pas signés ; c’est l’obsession de tous : « mon contrat va t-il être renouvelé ? ».

La question du CDI se pose dès lors ; mais finances obligent, à certains et pas à d’autres… Devait-on dès lors favoriser ceux qui avaient le moins de chance de retrouver du travail ailleurs, ou au contraire, fallait-il prioritairement retenir ceux qui apportaient, par leur présence régulière et leur savoir-faire, les plus grandes sécurités à l’entreprise ? Le Conseil d’administration et la direction ne voyaient pas d’issue dans ses choix impossibles. C’est finalement le CDI pour tous qui est retenu, comme seule alternative possible à la précarité entretenue par les politiques d’insertion à marche forcée.

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